EL KALKHA...
La férule...
Une plante qui décore tous nos talus...
Sa poussée est phénoménale et doit certainement atteindre les quatre à cinq centimètres par jour et si la terre est généreuse en humus, la plante peut aller jusqu'à 2.5 à 3 m de haut.
Très légère, elle constitue le matériau idéal pour la construction de la hutte dans laquelle on stockera le foin ou de l'étable rudimentaire qui abritera l'âne, la chèvre et les poules.
Son tronc liégeux éliminera tout échange thermique avec l'extérieur et permettra aux animaux de ne pas trop souffrir des rigueurs de l'hiver.
El Kalkha se laisse manger aussi, ses bourgeons naissants sont dit-on un régal. Ma défunte mère m'a confirmé que c'était comestible et qu'elle même en avait mangé dans se jeunesse; j'avoue que je n'en ai pas encore goûté.
El kalkha c'est aussi cette plante qui se laisse parasiter par le plus imposant des champignons. On peut en trouver dont le chapeau fait jusqu'à quarante centimètres de diamètre et en plus c'est sa-vou-reux et surtout, sans risque !
Pour les autres usages d'El Kalkha, il faut aussi citer les atèles que les rebouteux utilisent pour remettre en place les os déplacés ou fracturés.
Les enfants en usent pour fabriquer des hélices qui, de par leur légèreté, se laissent entraîner par la moindre bise; les oiseleurs d'antan utilisaient aussi le tube en berce commune comme réserve de fourmis ailées dont ils faisaient des appâts pour les pièges à ressort et les bergers y taillaient des bâtonnets pour le célèbre jeu du "Sig" que nous avons malheureusement perdu dans notre région mais qui continue à se pratiquer du côté de Bou Saada par des hommes assis en tailleurs à l'ombre des platanes...
El Kalkha a aussi une réputation peu connue: celle d'exorciser les habitations de tous les mauvais djinns qui pourraient y trouver refuge ou qui seraient perfidement chargés par des voisines mal intentionnées de semer la discorde dans les couples ou d'empêcher le dernier né de grandir en toute tranquillité.
On n'a pas besoin d'incantations compliquées pour permettre à El Kalkha de bouter dehors les importuns: il suffit d'en brûler un bout, la fumée qui s'en dégage ira s'infiltrer dans les recoins où ils se cachent et les expulsera sans trop de peine !
Mais malgré tous ces services qu'elle nous rend, El Kalkha est la plante la plus sujette à dérision... ainsi un vaurien est appelé "klakh", une voisine trop encombrante "kalkha" et la tromperie "taklakh"...
Les gens des autres régions qui ne savent pas d'où vient le verbe "kallakh" le prononcent "kalla7"...
El klakh étant devenu synonyme de choses de très peu de valeur, on l'emploie pour désigner même les détritus et autres immondices...
Ce n'est vraiment pas justice rendue à cette sympathique plante !

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